Traite d’êtres humains dans les vignes : en Gironde, le tribunal relaxe l’ensemble des prévenus

Publié le 27/03/2025 à 20h51.
Au terme d’un procès-fleuve de deux jours, les six prévenus ont été relaxés, ce jeudi 27 mars, par la première chambre correctionnelle de Bordeaux
Après plus de deux jours de procès, ils n’ont pas pu retenir une explosion de joie à l’annonce de la décision. Prévenus de traite d’êtres humains par près de 30 plaignants marocains, six prévenus ont été relaxés, ce jeudi 27 mars, par la première chambre correctionnelle du tribunal judiciaire de Bordeaux. On reprochait tout particulièrement à un couple franco-marocain, vivant en Gironde, d’avoir chapeauté une organisation permettant de recruter des ouvriers agricoles « au bled » pour les employer dans des exploitations de la région du grand Sud-Ouest. En contrepartie, ces derniers indiquaient devoir s’acquitter d’une lourde somme à un intermédiaire et se retrouver installés dans des conditions « indignes » dans des logements loués à Damazan ou Aiguillon, dans le Lot-et-Garonne.
Dans une affaire rassemblant près d’une trentaine de victimes, trois et deux ans de prison ferme ont été requis à l’encontre d’un couple franco-marocain, prévenu de traite d’êtres humains dans le Sud-Ouest, ce mercredi 26 mars
Sur la forme tout d’abord, les juges ont donné droit à la nullité de nombreuses auditions menées au cours de l’enquête et d’un certain nombre d’actes subséquents. Cette nullité était réclamée par la défense au motif que la traduction des auditions d’une dizaine de victimes devant les gendarmes avait été assurée par un interprète, également président d’une association d’aide aux travailleurs saisonniers marocains. Lequel ne pouvait donc pas être juge et partie.
« Ce dossier était un patchwork »
Sur le fond, le tribunal a relaxé l’ensemble des prévenus, dont le couple placé en détention provisoire depuis décembre dernier et qui était sous la menace de rester en prison : le parquet avait requis la veille trois ans ferme contre la cheffe d’entreprise girondine et deux ans ferme à l’encontre de son époux marocain, ainsi que le mandat de dépôt.
Après l’annonce de la décision, l’avocat de la défense Alexandre Novion relevait le « soin pris par le tribunal » au moment « du défilé d’auditions des plaignants ayant permis de relever des contradictions et invraisemblances ». « Ce dossier était un patchwork qui manquait de crédibilité », a-t-il ajouté. Selon sa consœur Nadjet Zaghrir, l’issue de ce procès est aussi salutaire pour les « vraies victimes de traite d’êtres humains qu’on ne doit pas prendre à la légère. » De son côté, selon le procureur de la République Pierre Arnaudin, « le parquet réfléchit et envisage de faire appel ». Il a dix jours pour le faire.